Le Cerro Castillo, trek de tous les superlatifs

Récit de notre roadtrip en Amérique du Sud | Tour du monde

Au milieu de la Carretera Australe au Chili, le Cerro Castillo n’est pas le plus prisé des sites naturels. Mais les discours de ceux qui s’y sont aventurés nous « obligent » à passer par cette réserve: « les paysages sont magnifiques », « c’est mieux que Torres del Paine », « il n’y a pas beaucoup de touristes », « le meilleur trek du monde »… Dans cet article, on vous emmène au coeur d’un trek qui restera gravé dans notre mémoire.

La Réserve Nationale du Cerro Castillo

La visite de cette réserve ne se fait qu’en marchant et la plus longue boucle dure 4-5 jours en autonomie complète. A Coyhaique, la plus grande ville de la Carretera Australe, nous faisons le plein d’informations auprès du Sernatur (infos touristiques). Grosse déception, le parc n’est pas encore ouvert. Nous sommes le 5 décembre et la saison commence à peine. Les gens arrivent plutôt vers mi-décembre. Nous décidons tout de même d’aller consulter le bureau de la CONAF (Corporación Nacional Forestal) qui se charge de tous les parcs nationaux du Chili. Surprise, le parc vient d’ouvrir et certaines personnes l’ont déjà traversé sans souci. On dirait bien qu’on est parti pour 4 jours de trek dans la réserve du Cerro Castillo!

Itinéraire du trek au Cerro Castillo

Voir l’itinéraire en plein écran

 

Il faut toujours aller voir plusieurs agences touristiques car ils communiquent très mal entre eux. Sernatur est le poste d’informations touristiques gratuit mais il ne donne pas toujours les meilleurs conseils une fois sorti de sa zone de confort. CONAF est souvent plus au courant des parcs nationaux publics, de leur entretien, leur accessibilité, etc. Allez voir les deux ! 

 

Nos deux comparses Franzie & Béa

Aidés de nos deux amies Franzie & Béa qui nous accompagnent depuis le début de la Carretera, nous dressons un plan d’action pour faire les courses, préparer les sacs, et nous rendre jusque-là. Ce n’est pas toujours évident de s’organiser à deux, alors à quatre !? Nous avons affaire à deux filles géniales et complètement opposées. C’est sûr, on ne s’ennuie jamais.

D’un côté, Franzie, Allemande, toujours prête à l’heure (voire avant), organisée, carrée, prête, équipée, PRÊTE (l’ai-je déjà mentionné ?). De l’autre, Béa, Italienne, magnifique chef cuistot ne mettant pas de crème dans ses pâtes (sacrilège), drôle, lente, en retard, complètement non préparée, toujours de bonne humeur, ultra-optimiste et tête-en-l’air. Vous voyez les stéréotypes de l’Italie et de l’Allemagne ? Et bien ils se retrouvent parfaitement dans les chefs de Béa & Franzie.

trek cerro castillo

Les anecdotes sur Franzie et Béa peuvent faire l’objet d’un article, voire d’un petit livre. Nous avons voyagé 1 mois ensemble et nous avons créé un groupe assez fort dont les membres prennent soin des uns et des autres. Les qualités et défauts de chacun sont bien acceptés et on en rit tous. Le Cerro Castillo a accentué ce phénomène de groupe.

Les préparatifs

La voiture chargée de vivres, nous roulons pendant 70 km en direction du sud jusque la laguna Chiguay. Dernier point de chute avant d’entamer le trek, nous dormons dans un camping géré par la CONAF. Cette nuit-là, Béa ne ferme quasi pas l’oeil en raison d’un problème avec son matelas un peu trop bon marché. Ça commence bien ! Mais elle reste positive et trouve finalement prêteur auprès des travailleurs de la CONAF.

Le lendemain, nous nous enregistrons au bureau de la CONAF et prenons connaissance de la météo, de l’état des sentiers, des risques, etc… Au programme, traversée de rivières, de pans enneigés avec risque de vent. Audrey appréhende un peu le passage des cours d’eau car elle est prise de douleurs insoutenables aux pieds lorsque l’eau est trop froide. Béa n’a pas l’air plus rassurée, elle n’a que la moitié du matériel recommandé. Poussés par l’engouement de Franzie, les deux autres filles emboîtent le pas. Nous y allons, et si ça ne va pas, on rebrousse chemin. Tel est le mot d’ordre. On adapte notre chargement en accueillant une paire de chaussures supplémentaire pour traverser les rivières. On laisse ensuite la voiture au parking du camping et on se poste sur le bas-côté de la route, prêts à faire du stop. C’est finalement un bus qui nous emmène à 7 km de là, à Las Horquetas, au point de départ de la boucle. Il est déjà 11h.

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Obligés de laisser la voiture au camping de la CONAF et de faire du stop jusque Las Horquetas, 7 km plus loin. On aurait pu marcher. Mais nous avions déjà du retard ce matin là 🙂

JOUR 1 – Las Horquetas – Campamento el Turbio (environ 16km).

Le sentier commence tranquillement en légère côte, ce qui permet de nous mettre en jambes. Chacun va à son rythme. Franzie, qui était prête la première ce matin, d’humeur impatiente, fait la course en tête. Audrey et moi attendons Béa derrière, qui galère un peu avec son sac. Celui-ci n’est pas du tout adapté à la randonnée et le poids est mal réparti. Dès le début du trek, Béa se voûte et, de plus en plus, ressemble à une vieille mémé. L’image me fait rire mais j’essaie de ne pas le montrer.

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Le sentier commence en légère côte. Photo de Franzie.

13h, arrivée au premier passage de rivière. Le courant n’a pas l’air trop fort mais la rivière est large. Je stresse déjà pour les pieds d’Audrey. Franzie ouvre le passage et je la seconde. Je peux dire que l’eau est très froide. Audrey traverse à son tour en grimaçant de douleur. Sans se décourager, elle prend sur elle, et rejoint finalement l’autre rive. Béa suit, sans chaussures. C’est un peu inconscient car elle pourrait s’ouvrir le pied très facilement en cas de perte d’équilibre. Je lui prête un bâton de marche pour faciliter sa traversée et tout se passe très bien.

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Après le lunch, Franzie repart et on enchaîne 4 rivières où il faut à chaque fois changer de chaussures. Le tracé est bien marqué, les sentiers assez larges, et les paysages magnifiques et variés. On passe de forêts, à clairières, à rivières avec un arrière-plan changeant, dévoilant petit à petit la montagne.

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Le premier jour, les sentiers restent relativement plats et dégagés. On avance bien. Les seules difficultés sont les passages de rivière.

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Après chaque rivière, nous changeons de chaussures pour garder les pieds au sec.

17h30, arrivée au Camping el Turbio. Un peu protégé des arbres, le campement se trouve près d’une clairière où l’on peut voir le coucher du soleil. Magnifique. On est tous contents d’être arrivés. Surtout Béa, pour qui ça a été difficile avec son sac. Petit lavage corporel sommaire et nous préparons à manger. Ce soir-là, comme tous les soirs qui suivront d’ailleurs, on boit une petite goutte de rhum pour se réchauffer.

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Les montagnes commencent à se dessiner le soir du premier jour

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Il faut bien se réchauffer le soir

JOUR 2 – Campamento El Turbio – Campamento El Bosque (10 km)

7h20. Au réveil, je peste déjà sur ma crème solaire. Ne JAMAIS prendre de la crème waterproof dans un trek où tu ne peux te laver que superficiellement. Oui parce que waterproof, ça dit bien ce que ça veut dire. Je garderai la sensation de gras durant tout le trek. Le paysage m’appelle et me donne envie de me lever. Comme d’habitude, Franzie est au taquet et Béa dort. Je suis sûr qu’elle a passé une nuit froide… Quel médisant. Attendons de voir. Sa tête à la sortie de la tente confirme mes soupçons. Elle n’a pas dormi à cause du froid et de l’inconfort…Elle n’est vraiment pas prête pour ce trek. On commence à s’inquiéter Franzie, Audrey et moi. Cela fait quelques jours d’affilée qu’elle ne dort pas, qu’elle n’accepte pas vraiment notre aide et qu’elle ne se rend peut-être pas compte de ce qui l’attend.

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Béa n’a pas beaucoup dormi ces derniers jours

9h. Nous sommes prêts et attendons Béa pour partir 45 minutes plus tard. Après 30 minutes, Béa souffre déjà de son sac à dos. Pour la première fois depuis notre rencontre, elle est au bord du craquage. Elle préfère rester seule pour refaire son sac. Elle ne veut pas nous stopper, ni se sentir (op)pressée par nos conseils. Soit, on s’éloigne un peu mais nous restons pour l’attendre. Devrait-elle rentrer ?Une chose est sûre, elle refuse d’admettre que ça n’ira pas. Nous ne voulons pas la laisser seule non plus. J’essaie de rassembler tout le monde en disant qu’on y arrivera tous ensemble et en suppliant Béa de nous laisser l’aider. Elle n’a plus le choix de toute façon. Elle ne tiendra pas 2 nuits supplémentaires comme celle-ci.

10h45. Nous repartons et ça monte sec ! J’emboîte le pas à Franzie, Audrey me suit bien et Béa est derrière mais toujours là. Nous quittons la forêt et découvrons rapidement la neige. Une fois de plus, les paysages sont à couper le souffle. Tout au long de ce trek, je me le dis et je suis impressionné par la diversité de ce que nous voyons. Audrey semble plus sur la retenue. Elle est contente d’être là mais j’ai l’impression qu’elle pense déjà à la fin. Comme si elle avait peur qu’il se passe quelque chose, peur engendrée également par Béa, je pense, qui est presque au bout de sa vie.

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Dès le matin du deuxième jour, une forte grimpette nous attend et nous amène très vite aux pentes enneigées.

A 12h08, on entame une côte enneigée entre deux montagnes. Cette côte est difficile car le sol se dérobe à chaque pas. Je rejoins Franzie au-dessus et nous profitons de la vue. A ce moment, je sais déjà que c’est le plus beau trek que je n’ai jamais fait jusque-là. Béa et Audrey arrivent par la suite en binôme mais ne partagent que partiellement notre enthousiasme. Audrey vient de chuter dans les pierres et Béa trouve le passage dangereux, ce qui impacte directement le jugement d’Audrey. Sur le moment, je suis énervé car les deux filles cassent un peu le moral en ne voyant que les points négatifs. Béa n’est plus du tout de bonne humeur et se demande pourquoi nous n’avons pas de téléphone satellite. Oui, nous sommes un peu isolés, d’où la nécessité d’être bien préparés ! Sur le coup, je me dis vraiment qu’elle débarque.

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On décide de rester sur les cailloux plutôt que la neige qui est en train de fondre

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Sur les cailloux, le sentier n’est pas facile et le sol se dérobe. Audrey est tombée à cet endroit, on peut le voir à son pantalon et… à l’expression du visage 🙂

14h05, nous passons de l’autre côté du versant et profitons de la vue pour casser la croûte. Chacun mange de son côté, l’ambiance est plutôt tendue. Après le déjeuner, on reprend le sentier sur du plat, agréable, au milieu d’une cuvette formée par la rivière et les montagnes dominées par le Cerro Penon suivi par le Cerro Castillo sur la droite. Alors que je profite complètement de ce nouveau décor, Audrey me parle de la beauté du paysage. ENFIN! Maintenant que son stress est passé, elle profite! De manière générale, Audrey est toujours moins aventureuse que moi mais n’a surtout pas conscience de ses capacités. Franzie et moi n’arrêtons pas de lui dire.

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Vers midi, on entame une côte enneigée entre deux montagnes

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Arrivée au sommet, une toute nouvelle vue sur les montagnes

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Après le passage entre les deux montagnes, la vue sur le Cerro Penon est grandiose…Même avec un grand angle, difficile de capturer toute la montagne

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Avant d’arriver au camp, nous faisons face à un pont qui s’est écroulé. Il nous aura fallu une heure pour trouver un passage convenable et sécurisé. Un rinçage de jambes bien apprécié avant d’arriver sur le lieu de bivouac à 19h. A l’arrivée, regain d’énergie pour Béa qui était sans doute heureuse de ne plus porter son sac. La bonne ambiance regagne rapidement les troupes. Sur les différents bivouacs, nous serons pratiquement seuls tout le temps. On ne nous avait pas menti. Les touristes ne sont pas de la partie ! Ce soir-là, Béa accepte notre aide et récupère des couches d’Audrey et une bonne grosse doudoune Patagonia que Franzie réservait pour les plus grands froids.

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A la fin du deuxième jour, nous tombons sur un pont détruit. Obligés de trouver un autre passage sécurisé. Il nous faudra une heure pour trouver une solution.

Jour 3 – Campamento el Bosque – Campamento de  Porteadores (9km)

Comme annoncé par Franzie la veille, elle n’a pas attendu qu’on soit prêt pour partir. On la comprend. Elle et son tempérament de fonceuse sont parfois en contradiction avec la philosophie de Béa. J’ai moyennement dormi (5-6h) car nous étions en pente et le bruit de la rivière me dérangeait. Béa sort de sa tente. Elle a dormi ! Merci la doudoune Patagonia et les layers d’Audrey. On démarre finalement à 9h25, avec un retard qui se réduit de jours en jours…

Très vite, on tombe sur une rivière sans pont. Il commence à pleuvoir quelques gouttes. Les nombreux troncs nous permettent de construire un pont de fortune et nous sommes tous fiers de ne pas avoir dû déchausser cette fois. Le chemin est un peu moins bien tracé et nous devons redoubler de prudence pour ne pas trop perdre de temps. Quand on hésite, nous laissons nos sacs de 15 kg à Béa et nous partons Audrey et moi dans des directions opposées. Béa, au milieu, fait le relais entre nous. Ça s’est révélé très efficace une ou deux fois. Sous une fine pluie, on atteint la laguna Castillo en face du Cerro Castillo. Comme s’il voulait impressionner de sa présence, le vent se lève à sa vue et la pluie s’accentue. Moi, il m’impressionne réellement. On dirait presque un être conscient.

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Arrivés près de la laguna, le temps se gâte, comme si la montagne voulait nous impressionner de sa présence

Au bord de la lagune, nous continuons le sentier qui prend de l’altitude. La vue est dégagée et on s’arrête pour prendre des photos et attendre Béa. On profite d’une accalmie pour manger vers 13h. Nous devons passer une crête avant de redescendre dans la vallée où se trouve le campement. Pour moi, le moral est bon, mais Audrey est en ébullition car le temps semble tourner et Béa est trop lente. Elle assène Béa d’un « Quick lunch, otherwise we will never reach the camp », mais cela ne semble pas atteindre la zen attitude de notre comparse. Nos tartines englouties et la pluie calmée, nous montons à bon train alors que le vent se lève. D’abord passager, il s’accentue au fur et à mesure de notre avancée. Soudain, venue de nulle part, une rafale nous oblige tous les trois à nous mettre au sol. On se trouve déjà haut par rapport à la lagune mais je préfère attendre Audrey et Béa qui sont juste en dessous. Je propose de faire demi-tour et de prendre un petit sentier de secours qui mène au village le plus proche. Les filles acceptent.

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Au troisième jour, la laguna Castillo nous accueille sous quelques gouttes. Une dernière photo avant de complètement nous concentrer sur les événements climatiques.

Un changement d’avis

En descendant, nous croisons un homme et deux femmes chiliennes tout sourire. « Ce vent ?! Il est normal par ici. Il ne faut pas s’inquiéter. A Torres del Paine, il est pareil ! » Devant pareille certitude, nous décidons de remonter ensemble. Pour contrer le déséquilibre causé par le vent, nous nous tenons les uns les autres pour avancer ensemble. L’homme délaisse parfois ses deux copines pour voir un peu plus loin. On se retourne souvent pour voir si tout le monde suit. Soudain, on ne les voit plus. Doit-on les attendre ? Ont-ils fait demi-tour ? Bande de C****! Ils nous laissent comme ça en plan sans dire un mot. On attend et ils n’arrivent pas. On doit se poser la question… Que fait-on ?

Nous allons atteindre le sommet

Le sommet est proche. Audrey, dans un esprit de guerrier que je ne connaissais pas, veut continuer. Je pensais faire demi-tour au départ mais c’est vrai que le sommet est proche. Ça devrait se calmer ensuite…Béa, suit, sans vraiment prendre part dans la discussion. Arrivés au sommet, on se rend compte qu’il ne s’agit que d’un faux-sommet. La route continue. Le chemin est bien tracé devant nous même si l’envie de faire demi-tour est présente.

On atteint enfin le vrai sommet et le vent y est insoutenable. Il doit souffler à une centaine de km/h avec des rafales plus fortes. Nous sommes obligés de nous réfugier derrière un amas de pierre en contre-bas, de l’autre côté du versant. Je dépose mon sac pour identifier la route à suivre. Même sans le poids du sac, le vent m’emporte et je suis obligé de me mettre à terre. Le stress monte. Pourquoi n’avons-nous pas fait demi-tour plus tôt ?

La peur nous gagne

Nous avons le vent de face et nous sommes un peu éparpillés les uns des autres. Je regarde Audrey derrière un gros rocher qui a l’air à l’abri. Béa, n’a plus aucun pouvoir sur ses mouvements. Elle se laisse balayée, couchée contre le sol. Cette scène, au sommet de cette montagne, est effrayante. Les scénarios se bousculent dans ma tête. Et si le vent ne faisait qu’empirer ? Si nous étions bloqués ? Si nous crevions de froid cette nuit ? Je me reprends vite. Je n’ai aucune envie de rester sur cette montagne et Audrey est bien d’accord avec moi. Elle a l’air d’avoir peur mais je la vois avec de l’énergie. Béa, cependant, attend. Nous sommes tous sourds face au vent qui claque nos capuches sur nos oreilles. Je suis obligé de m’approcher de Béa pour lui demander comment elle va. Les minutes passent et on n’avance pas du tout. Peut-on encore faire demi-tour ? Nous avions dû descendre de l’autre côté pour se protéger. Remonter par là nous coûterait encore plus d’énergie. Pour Béa, plus possible de repasser par là. Audrey est décidée à continuer.

Béa doit-elle abandonner son sac?

Alors que Béa est immobile, on s’épuise Audrey et moi en se stabilisant.  A coup de « GO, GO GO! », Audrey, continue malgré tout son avancée, cramponnée au sol, et nous somme de venir. A chaque essai pour se relever, Béa se retrouve encore plus loin. Elle est crevée. Par instinct de survie, je lui dis que si elle ne peut pas bouger, elle va devoir abandonner son sac.  On ne peut pas se permettre de rester là. Sans trop réfléchir, elle le fait et nous rejoignons Audrey. Séquence comique puisque Audrey se demande pourquoi Béa n’a pas son sac et elle lui demande si elle se rend compte de ce qu’elle fait. Jamais Audrey ne remontera ici chercher un sac, elle préférerait le balancer! Sur ces paroles, Béa veut récupérer son sac. Je décide d’aller le chercher. Elle veut m’aider mais ne fait que me retarder. Je dois la ramener elle et son sac. Mes forces diminuent mais l’adrénaline me tient en alerte. J’ai surtout peur pour les deux filles, et Franzie à qui on pense tous. Où est-elle ? Devant ? A-t-elle fait demi-tour ?

Un chemin alternatif

Une petite lueur d’espoir apparaît lorsque nous voyons trois personnes grimper par un autre versant. Il ne s’agit pas du chemin balisé mais ils nous expliquent que le vent est moins fort de ce côté. En revanche, c’est très abrupt et carrément hors-piste. Après discussion, on décide tous les trois de prendre cette voie. Je suis en tête et m’arrête fréquemment pour attendre les filles et réfléchir à la route. Sur ce versant, le vent est parfois clément et parfois balayeur. Il faut toujours faire attention de ne pas se ramasser une rafale. Le pire semble derrière nous mais la route est encore longue, d’autant plus que nous descendons parfois sur les fesses. Audrey me suit rapidement, peut-être trop, elle se tape les fesses sans vraiment faire attention. On attend longuement Béa et on se refroidit mais on parvient à avancer.

Nous regagnons la forêt

19h30. A l’arrivée des premiers arbres, je suis pris d’un soulagement indescriptible. Je n’ai jamais été aussi content d’en voir un! Nous voilà protégés du vent et de ses rafales. L’enfer est derrière nous, et on se serre tous les trois comme si on avait frôlé la mort. On ne tarde pas à se remette en route car il nous reste une petite trotte jusqu’au campement. A 20h30, on entend un cri de l’autre côté de la rivière. Là, au camp de Los Porteadores, Franzie agite les bras. Tout le monde se prend dans les bras comme si on avait survécu à l’apocalypse. C’est presque ça finalement. Béa, à son habitude, retrouve sa babeille habituelle. Si elle avait pu utiliser cette énergie pour avancer…

Avons-nous vraiment fait les bons choix?

A refaire, j’aurais dû m’écouter dès le début et suivre mon instinct de redescendre même si Audrey me persuadait du contraire. Nos raisonnements n’étaient pas toujours bons. Faire demi-tour, c’est repasser par un chemin connu, même s’il est difficile. C’est pouvoir estimer un temps de parcours. L’autre choix, celui de continuer, c’est parier sur l’inconnu, voir un sommet là où ce n’est qu’un faux, ne pas connaitre la force du vent qui nous attend. D’autant plus que nous avions le vent de face. Il nous épuisait. Si nous l’avions eu de dos, il nous aurait poussé. Nous avons pris un risque ce jour-là.

Mais même si la décision de continuer était la mauvaise, nous avons bien réagi dans les décisions suivantes. Ne pas se précipiter, évaluer les risques, établir un itinéraire… Nous avions la volonté, la force, le courage, et jamais nous n’avons baissé les bras. C’était la première fois que je voyais Audrey dans une situation aussi périlleuse et je trouve qu’elle a géré. Finalement, Audrey et Béa avaient les fesses toutes bleues et nous avions tous des vêtements déchirés. Mais on était uni et en bonne santé !

Jour 4 – Retour vers le village Cerro Castillo (16 km)

Le lendemain, nous ne montons pas jusqu’au camp Neo-zélandais car nous avons eu notre dose de stress pour le moment. Au programme de ce dernier jour, une promenade de santé sous un soleil de plomb, avec cette fameuse montagne en toile de fond nous rappelant les événements de la veille. Il n’y a plus de vent. C’était la partie la moins intéressante du trek et nous l’avons terminé en 3h.

En arrivant au village, je retrouve le trio chilien qui nous avait abandonné sur la pente de la montagne. Ils nous expliquent que nous étions déjà trop loin pour pouvoir les entendre… Mouai… Quoi qu’il en soit, ils ont une voiture et remontent la Carretera Australe. J’en profite donc pour me faire ramener à l’auto. Nous dormons dans un camping au village de Cerro Castillo avec des souvenirs plein la tête.

Pour moi, c’est le trek le plus beau, le plus impressionnant, le plus varié que je n’ai jamais fait jusque maintenant. C’est également le trek où les émotions ont été très fortes, autant la joie, que la peur, le stress, l’énervement ou l’émerveillement. Dès le moment où nous l’avons terminé, je savais que le titre de cet article mentionnerait le trek de tous les superlatifs. C’est vraiment le cas. On ne peut que le conseiller ! Mais soyez prêts et méfiez-vous s’il y a du vent tout de même :-).

Quelques images vidéos en vrac

4 Commentaires

  1. Commentaire par picci

    picci Répodnre 9 mars 2018 at 12 h 19 min

    Tcheu, ké suspense…..!!!! Et les traversées de rivière, ça m’a fait pensé à Bouillon avec Piet !

  2. Commentaire par Anne-Michèle

    Anne-Michèle Répodnre 9 mars 2018 at 15 h 00 min

    Quelle aventure! Votre retour est toujours prévu courant avril?

    • Commentaire par Thibault

      Thibault 9 mars 2018 at 15 h 03 min

      Nous ne savons pas vraiment quand nous rentrons 😉

  3. Commentaire par Marianne Gilleman

    Marianne Gilleman Répodnre 1 avril 2018 at 15 h 43 min

    Je découvre déjà!!!! Superbe récit, quelle prise de risques!! Vous avez heureusement très bien géré l’adversité! C’est géant.

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