Passer la frontière Laos Cambodge sans se faire (trop) arnaquer, c’est possible!

Récit de notre voyage en Asie du Sud-Est | Tour du monde

Après un mois pluvieux passé au Laos, il est temps pour nous de rejoindre le Cambodge. Cette fois encore, c’est par voie terrestre que nous passerons la frontière. On vous explique ici comment nous avons déjoué les arnaques des douaniers corrompus pour passer la frontière Laos Cambodge sans sortir le porte-monnaie.

Une frontière connue pour sa corruption

Précisons avant tout que la frontière entre le Laos et le Cambodge est connue pour être très corrompue. Les douaniers n’hésitent pas à te demander quelques dollars supplémentaires pour te laisser pénétrer au Cambodge: 2$ pour le tampon de sortie du Laos, 2$ pour une pseudo visite médicale et 5$ pour le formulaire d’entrée et le tampon du Cambodge. Ayant déjà eu le cas au Vietnam, et après plusieurs lectures de blog, on décide nous aussi de passer la frontière sans payer de bakchichs.

Mise en place du plan d’attaque

Évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire. Pour bien préparer le terrain, je m’inspire donc des précieux conseils des Gros Sacs. Comme eux, je prends soin d’ajouter le numéro de téléphone des consulats Belges au Laos et au Cambodge dans mon répertoire. Je me renseigne également sur le prix en vigueur du visa cambodgien, qui est toujours de 30$, et prévois la somme exacte pour éviter de me faire arnaquer. En théorie, je suis prête. Reste à préparer l’argumentaire.

Rejoindre la frontière depuis Don Det

Nous passons nos derniers jours dans la région de Siphandone, connue aussi sous le nom des 4000 îles, à l’extrême sud du Laos. 6h du matin, nous quittons l’île de Don Det pour regagner la ville de Ban Nakasang, et ensuite rejoindre le poste frontière laotien à une vingtaine de kilomètres. Nous aurions pu passer par une compagnie qui organisait le transfert de l’hôtel à la frontière, mais nous n’aurions jamais eu le temps de négocier avec les douaniers à la frontière et apparemment un passeur se charge de régler toutes les modalités administratives pour 10$. NO WAY.

Arrivés à Ban Nakasang, nous trouvons un tuktuk qui accepte de nous conduire à la frontière pour 100.000 kips. J’éprouve une drôle de sensation, comme si j’enfreignais la loi, un sentiment sans doute exacerbé dû aux regards que nous jettent les locaux. Et lorsqu’ils regardent notre jeune conducteur, une sorte de langage codé s’échange entre eux. Ils savent où nous allons et ce que nous nous apprêtons à faire, surtout que nous sommes les seuls touristes matinaux sur cette route. J’avoue me sentir un peu nerveuse, contrairement à Thibault. Dans le pire des cas, si ça ne marche pas, t’auras l’air d’un bleu et puis t’allongeras. Rien de bien grave.

Arrivée au poste frontière

Passage de la frontière Laos Cambodge-1

Le tuktuk nous dépose à quelques centaines de mètres du poste frontière, distance pendant laquelle nous nous préparons psychologiquement. A l’arrivée, pas un chat, nous sommes visiblement les premiers à passer la frontière.

« – Morning.
– Morning. Passports, please. 2$ »

Et voilà, le jeu commence. Je demande alors d’un ton faussement surpris pourquoi nous devons payer 2$. La justification est hasardeuse et monsieur le douanier ne rit pas beaucoup. Même pas du tout. Nous avons beau lui dire que c’est illégal, il ne bronche pas d’un iota. D’une phrase marmonnée entre ses dents, nous ne comprenons que « Finish, go to Cambodia », avant qu’il ne referme la vitre de son guichet. Malgré l’absence de tampon sur notre passeport et notre scepticisme, nous nous dirigeons tout de même vers le poste d’entrée cambodgien, à quelques centaines de mètres de là.

« – Morning.
– Morning. Fill the form. »

Après avoir rempli le formulaire de demande de visa, nous tendons notre passeport et une photo d’identité. Et là, sans réelle surprise, l’homme nous dit que nous avons besoin du tampon de sortie laotien.

Retour au poste de sortie du Laos

Bon, les deux cocos repartent donc en direction du poste frontière laotien. Ah! ce qu’ils doivent rire ces laotiens dans leur bureau. Intérieurement, je ris aussi un peu de nous mais une once d’énervement semble poindre chez Thibault. Heureusement, nous avons le temps. Le bus qui nous conduit à Siem Reap n’est qu’à 11.30, soit dans 3h.

Malgré une nouvelle tentative, le douanier ne change pas d’avis. Je pense alors sortir un argument de choc en disant que je vais appeler l’ambassade (en réalité, le consulat, que Thib contactera réellement – moi j’aurais fait semblant 😉 ) pour que l’on trouve une solution. Effet NUL! Non seulement le douanier campe sur sa position, et en plus la réponse du consulat belge, bien qu’attendue, est encore plus énervante. “ Oui ça arrive de devoir payer un extra!” N’ayant eu aucune aide du consulat, Thib commence à hausser le ton. D’un regard soutenu, il demande aux hommes un reçu pour cet extra, qu’il n’obtiendra évidemment pas. Les cinq hommes derrière le guichet fuient tous du regard, bien conscients de leur culpabilité. En dernier recours, Thib les menace de raconter leur petite entourloupe à tous les occidentaux qui passeraient. Finalement, on ne sortira qu’à moitié vainqueur de cette première partie, car on payera 1$ chacun. Tout se négocie ici!

Le Laos quitté, reste à entrer au Cambodge

Passage de la frontière Laos Cambodge-2

De retour au guichet d’entrée cambodgien, nous tendons à nouveau nos passeports.

« – Hello, here are our passeports.
– Ok, 35$. »

Je fais l’innocente en disant que j’ai regardé sur internet le prix du visa en vigueur et que je n’ai donc que la somme de 30$ sur moi. Ma mine faussement déconfite n’a aucun effet face au mur qui s’érige devant moi. On sort alors le même discours que tout à l’heure, on tente d’appeler le consulat (entrés sur le sol cambodgien, notre crédit laotien restant ne nous sert plus à rien). Rien ne marche, on change de tactique.

Ayant du temps devant nous, nous nous installons dans le hall et leur demandons même s’il est possible de dormir là. Le but étant de leur faire comprendre que nous avons tout notre temps, d’autant plus que notre visa n’expire que le lendemain et que le bus qui nous attend est réservé mais pas encore payé. Nous nous mettons alors à parler fort, à chantonner, à éclater de rire, à mettre de la musique. Et monsieur finit par quitter son bureau.

Face à l’indifférence, l’insistance!

Le temps passe peu à peu, et, mon petit monsieur étant revenu à son poste, je finis par retourner au guichet. Face à l’indifférence et l’ignorance de mon interlocuteur, je me fais plus insistante encore.

« – Hello? Sir? Excuse me? Halloo?!
– WHAAT ?! »

Je dois l’énerver car son ton monte. S’il croit me déstabiliser, il se fourre le doigt dans l’oeil. Il quitte de nouveau son poste, ce qui attire l’attention d’un autre homme à qui j’explique la situation qu’il semble déjà connaître.

« Ok, for you 32$ »

On avance, mais nous continuons de refuser en répétant que nous n’avons que 30$ chacun sur nous.

Plus personne n’étant à l’intérieur, Thibault décide d’aller faire un tour dehors. Il les trouve alors rassemblés autour d’une table où deux d’entre eux jouent à un jeu ressemblant aux échecs. Il se rapproche jusqu’au bord de la table en fixant chacun des hommes et semble les déranger. Thib continue de déambuler avant de venir me rejoindre, pensant sa tentative échouée. Quelques minutes plus tard, un monsieur que nous n’avions pas encore vu arrive d’un pas décidé.

« Passeports, please! »

Et voilà, nous obtenons enfin le fameux tampon! Woup Woup!

Nous ne nous arrêtons même pas pour faire la pseudo visite médicale. Au total, tout ce cinéma nous aura quand même pris 2 heures. Nous allons donc retrouver le monsieur avec qui nous avons réservé le bus jusqu’à Siem Reap. Il nous attend dans un restaurant où nous en profitons pour manger un bout. Et là, surprise, l’un des douaniers avec qui nous avons bataillé arrive et donne une grosse liasse de billet à la tenancière de l’établissement. Ok, on y voit plus clair maintenant, c’est vraiment un petit business familial.

 

Rejoindre Siem Reap depuis la frontière cambodgienne:

Nous sommes passés par l’agence AVT (Asia Van Transfer) et avons payé 20$ par personne pour le trajet depuis la frontière cambodgienne jusque Siem Reap. Facile et rapide, la réservation se fait par internet et se paie une fois sur place. Après confirmation de la réservation, vous recevez directement un mail avec l’heure et le lieu de rendez-vous, ainsi qu’une photo de votre interlocuteur. Seul impératif, vous devez passer la frontière avant 11.30, heure de départ du bus. Ensuite, vous n’avez plus rien à faire car l’agence vous conduit jusqu’à votre hébergement.

3 Commentaires

  1. Commentaire par Les Gros Sacs

    Les Gros Sacs Répodnre 6 septembre 2017 at 15 h 39 min

    Bien bataillé 😉 Jamais évidente à passer cette frontière !

  2. Commentaire par Marianne Gilleman

    Marianne Gilleman Répodnre 9 septembre 2017 at 15 h 23 min

    Superbe récit mais quelle prise de risques!!!!

  3. Commentaire par Jonathan

    Jonathan Répodnre 23 septembre 2017 at 12 h 00 min

    Pas mal de stress pour quelques dollars…je ne sais pas si j’aurais osé 🙂

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