Le Rinjani – Partie 2

10 septembre 2016

Alors, cette fameuse ascension sur le Rinjani? Ça a donné quoi? Dans cette seconde partie, vous saurez tout sur la fin de notre trekking. Si vous n’avez pas lu la partie I, c’est le moment !

Minuit. On peine à trouver le sommeil. Il y a un vent à décorner les bœufs, on l’entend claquer sur les parois de la tente. « PUTA MADRE, esa es una mierda !». Ça, ce sont les nerfs de l’espagnol à notre gauche qui lâchent. Logique, leur tente est en train de se démonter. Thibault se met alors à rire, pas vraiment de lui, mais plutôt de la situation, et il m’entraîne avec lui.  C’est vrai que c’est plutôt risible, et finalement on n’est pas mieux lotis qu’eux. Notre tente tient bon, mais pour combien de temps encore ?

Soulevée par le vent, la poussière passe à travers la tente pour venir se loger partout où elle peut. Tu sens ce petit croquant sous la dent ? Ben oui, t’arrives à rire la bouche fermée toi ?! Ce petit goût de terre est juste parfait 🙂 Et on rit de plus belle ! Ça se réveille aussi à droite, du côté de nos voisins italiens. A leur tour, ils sortent pour consolider leur tente.

Ça souffle là-haut!

1.45. Le vent s’est encore intensifié. Assis dans nos sacs de couchage, on est obligé de tenir les parois de la tente pour ne pas qu’elles s’écrasent sur nos visages. Nous sommes en pleine interrogation. « Moi, je ne suis pas chaud de monter par ce vent-là. Je me demande même s’il est raisonnable de sortir », lâche Thibault. Je ne me sens pas plus confiante que ça non plus. Mais malgré tout, nous attendons le guide qui doit venir nous réveiller à 2.00. Il saura certainement nous aiguiller.

2.15, nous n’avons pas bougé. Impuissants, dans l’attente d’un signe, on se recouche en attendant que ça passe. A travers la tente, on voit des lumières. Les gens commencent l’ascension. On les trouve bien courageux, mais en même temps on a aussi envie d’y aller. Toujours aucune trace du guide.

Tiendra ou tiendra pas?

On finit par se rendormir, mais pas pour longtemps. « Je vois la lune, ça caille en plus, ce n’est pas normal » lance Thib. A notre tour de sortir pour refixer la toile extérieure de la tente. Ah, qu’est-ce-qu’on s’est amusé à essayer d’enfoncer les bouts de bois de 5 cm dans le sable pour faire tenir cette foutue toile. Si seulement on avait emporté nos tiges métalliques…Et ben quoi grosse, c’est pas toi qui voulais sortir de ta zone de confort ?

Thib en profite également pour faire le tour du campement. Il est pas mal amoché. « Où sont les porteurs ? » Ah juste là, recroquevillés sous la bâche qu’ils ont enroulée autour d’eux. La tente des Espagnols ne fait plus que 40 cm de haut si bien qu’on se demande également s’il y a toujours quelqu’un à l’intérieur. En nous entendant, ils sortent et Thib les aide à remettre leur pseudo tente sur pied.

Un réveil plutôt amer

Le jour s’est levé et un sentiment d’inachevé s’empare de nous. Non, nous n’avons pas vraiment fait le Rinjani. Nous n’avons même pas tenté de gravir le sommet. Tous les regards sont portés vers lui. La fierté et l’euphorie de la veille ont laissé place à la déception. On cherche le guide afin d’en savoir davantage sur les raisons qui l’ont poussé à ne pas venir nous réveiller pour l’ascension. Les porteurs se réveillent et préparent le petit déjeuner. Tartine et confiture. Ça change des banana pancake ! Mais pas de quoi sauter au plafond non plus.

Le guide apparaît enfin : « Le vent était trop fort, l’ascension trop dangereuse.  Ceux qui ont tenté n’ont certainement pas pu arriver au-dessus dans ces conditions ». L’heure est au bilan. Les Italiens redescendent comme ils l’avaient initialement prévu. L’Espagnol est au bout du rouleau, ce qui contraint leur couple à arrêter le trek. Le chinois suit le mouv’. Quant à nous, on est assez chaud de continuer mais le guide le déconseille. Hein, quoi ?! « Oui, le vent soufflera comme ça toute la journée et la nuit sera la similaire à la première. Sans compter que les autres points de vue ne sont pas aussi beaux qu’ici.  Mais si vous voulez continuer, c’est mon job d’y aller avec vous ».

Un choix difficile

Les deux Français et la Canadienne continuent, mais malgré cela, on pense redescendre. Maintenant qu’on peut faire une croix sur le sommet, Thibault n’a plus de réel objectif et semble démotivé. Moi, je crains le froid et le risque de blessure dû à la fatigue. Après une longue hésitation, nous redescendons. Pendant les premiers instants, on essaye de se convaincre qu’on fait le bon choix, qu’il y aura d’autres treks. Mais au fond, on est quand même dégoûtés.

Avec tout ça, on a pris du retard dans la descente par rapport aux autres et on se dépêche de les rattraper, histoire d’être dans le même lift. On double le Chinois qui surfe sur le sable, agrippé au porteur et on finit par retrouver le groupe. La descente est longue et dure, surtout pour les articulations. Mais, je ne me débrouille pas mal dans cet exercice. Oui, enfin ça c’était au début, car sur la fin, mes pieds me faisaient vraiment mal. J’étais à deux doigts de descendre en clapette, comme le font tous les indonésiens ! Après plus ou moins quatre heures, retour au point de départ. Contents d’être arrivés mais toujours avec cette amertume en bouche.

Et si on avait eu tort?

Après ce trek, direction Kuta Lombok. Sans le vouloir, le trio qui a continué l’expédition se retrouve dans le même homestay que nous. Evidemment, on s’empresse de leur demander leurs impressions. « Rien à voir avec ce que le guide avait prédit. C’était super ». En parlant avec le guide, ils ont eu l’impression qu’il essayait de décourager tout le monde (il aura réussi puisque sur huit personnes, cinq sont redescendues). Il était fatigué. Par la suite, ils se rendront compte qu’énormément de gens sont montés au sommet. Ils ont dormi à l’abris du vent.

Et là, coup classique, on se dit qu’on aurait dû continuer. On arrive malgré tout à passer au-dessus. Cette ascension nous a permis de découvrir une vue sublime sur la caldeira, au-dessus des nuages, et nous a fait passer par beaucoup d’émotions. Nous n’avons peut-être pas été jusqu’au bout, mais d’autres sommets se présenteront à nous  😉

 

 

3 Commentaires

  1. Commentaire par Debehogne Michaël

    Debehogne Michaël Répodnre 10 septembre 2016 at 10 h 18 min

    Ooooh. Triste pour vous…? En lisant, je me disais: « Allez-y, allez-y »… Je vous félicite l’un et l’autre pour votre style de rédaction: c’est simple, direct, imagé (on s’y voit), plein d’humour! Le vocabulaire est bien choisi. Le tout en tenant le lecteur en haleine! Donnez-nous des news de vos débuts en Australie… Impatient de découvrir la suite!… Gros bisous. Le grand frère ?

  2. Commentaire par picci

    picci Répodnre 10 septembre 2016 at 11 h 46 min

    toujours frustrant d’entendre cela par après… Mais bon, dites-vous que si vous étiez monté et que c’était réellement dangereux, vous vous seriez bien mordu les doigts au final… Comme vous le dites, c’est clairement pas le dernier sommet que vous gravirez ! Au top en tout cas !

  3. Commentaire par Marianne Gilleman

    Marianne Gilleman Répodnre 10 septembre 2016 at 11 h 59 min

    C’est trop génial ce récit.Vous nous faites partager vos émotions comme si on faisait ce trek à vos côtés!!! Quel courage..Pas de regrets à avoir pour ce renoncement final. L’important est de participer. Vous avez-le club des cinq- joué la sécurité plutôt que la folle prise de risques, et vous avez fait le bon choix! Gros kiss mes pioupioux.

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